dimanche 13 mars 2016

Bonjour à tous,

Je vous retrouve avec plaisir (et beaucoup d'appréhension aussi) pour vous parler des raisons de mon absence pendant un mois. C'est sans doute l'article le plus difficile pour moi à rédiger. Il équivaut à peu près à se mettre nue devant vous tellement il est personnel. Mais je pense que je dois l'écrire comme une thérapie pour moi, et peut-être pour ceux qui vivent le même cauchemar sans oser en parler.

Ça fait déjà plusieurs années que j'ai développé un trouble du comportement, quelque chose qui m'empoisonne la vie et sur lequel je ne semble avoir aucun contrôle. Ce trouble, j'ai mis du temps à mettre des mots dessus: le trouble obsessionnel compulsif, familièrement le TOC. Dans mon cas, il ne se traduit pas par une nécessité absolue de prendre des douches dix fois par jour. Il ne se traduit pas non plus par le cliché que l'on imagine à devoir appuyer 10 fois sur un interrupteur. Le mien est plus méconnu que ça. Pour moi, il s'agit du TOC de vérification.

C'est venu insidieusement. Je crois que je l'ai traîné toute ma vie. Je me rappelle encore toute petite éprouver le besoin de remonter dans ma chambre vérifier que tout allait bien avant de partir. Mais c'était négligeable et ça me semblait tout à fait normal. Tant que j'ai vécu dans mon petit cocon familial, sans responsabilités, c'était tellement discret que c'est passé inaperçu.

Puis est venu le départ en Belgique et là, ces troubles dont je n'avais même pas conscience ont progressivement empiété sur ma vie. En gros, j'éprouve un besoin maladif de tout vérifier dans mon appartement avant de partir, ou même avant d'aller me coucher. Ça parait bête dit comme ça, ça parait être un petit problème. D'ailleurs, j'arrivais plus ou moins à le gérer. Je me levais 45 minutes en avance et je finissais bien par quitter mon petit studio. Oui, parce que vérifier un petit studio de 20m2 me prenait 45 minutes. Je vérifiais tout: les prises, les plaques de cuisson, les robinets, les fenêtres, la porte... Et tout ça, en boucle 5 ou 6 fois minimum accompagnées de photos sur mon portable avant de partir, toujours soucieuse de n'avoir pas tout vérifié, soucieuse de ne pas retrouver mon petit chez-moi le soir, parce que j'aurais par inadvertance déclenché un incendie ou autre chose. 

C'était encore gérable, ça me pourrissait la vie, mais je le gérais. Pas si bien que ça en fait puisque je me rends compte maintenant de la foule de choses que je ne faisais pas tout simplement parce que quitter mon appartement relevait pour moi du parcours du combattant. J'ai séché des cours pour ça, j'ai refusé de partir voir mon copain quelques jours pour ça. Et j'en passe. 

Récemment, Monsieur BCC est parti deux semaines pour son travail. Un événement que lui et moi avons terriblement redouté, pas parce que nous avions peur d'être séparés, mais par peur que mes troubles m'empêchent purement et simplement de franchir le seuil de notre appartement. Au même moment, j'avais décidé de consulter une psychiatre. Elle m'a de suite mise sous traitement et m'a dès la première séance dit que ça prendrait du temps, beaucoup de temps, pour effacer ces comportements qui ont dicté absolument toute ma vie. J'ai donc été confronté début février à cette réalité. Les deux semaines que j'ai passé seule ont été extrêmement difficiles, plus que je n'aurais pu l'imaginer. C'était des crises de larmes tous les matins, des mensonges à ma famille et mes amis sur mes projets du week-end pour ne surtout pas avoir à mettre le nez dehors. Rien ne m'intéressait plus, puisque la seule chose qui comptait à mes yeux, c'était ce que j'ai nommé mes rituels. 

Finalement, ces deux semaines ont été une vraie bénédiction. Jusqu'ici, j'ai toujours pu me reposer sur Monsieur BCC pour éviter les situations à problème, tant et si bien que je ne m'y confrontais plus. La solitude a été pour moi un vrai électrochoc. J'ai été obligée de faire les choses que je craignais, de me prendre en main. 

Aujourd'hui, je sens quelques petits progrès. J'arrive à quitter ma voiture sans vérifier 10 fois chaque porte, les phares et sans me torturer l'esprit. J'ai de petits projets le soir, tels que faire du sport, aller faire des courses, ce qui était inconcevable pour moi avant tant il me tardait de rentrer me cacher dans ma tanière. J'ose acheter des meubles, sans avoir peur que ça trouble mes rituels. Un petit pas pour l'homme, un grand pas pour moi. 

Je sais que beaucoup ne comprendront pas que je ne sois pas capable de prendre le dessus, de raisonner et relativiser. J'accepte l'idée que vous ne me verrez plus de la même façon. Mais je prends le risque parce que plus de 2% de la population souffrirait de TOC, et seulement 1/3 se soigne. J'ai mis plusieurs années à comprendre que j'avais un problème, et encore quelques unes avant d'en parler. Toutes ces années gâchées, où mes troubles, en plus de s'amplifier, m'ont réellement pourri la vie. 

Il semble que ce soit du à un manque de sérotonine dans le cerveau, que ce manque m'empêche de fonctionner normalement. Il semble aussi selon ma psychiatre que je souffre d'un manque pathologique de capacité à lâcher prise, à me laisser aller. Dans tous les cas, j'ai un sacré travail à faire.

Alors, je veux juste dire aux personne qui, par hasard passeront par ici, et se reconnaîtraient dans ma description que ce n'est pas de leur faute. Raisonner n'amènera à rien, ce qu'il faut avant tout, c'est lâcher prise, comprendre que le TOC est une vraie pathologie comme peut l'être la grippe ou une entorse. Et surtout, il faut accepter de demander de l'aide à un médecin parce que vous ne pourrez jamais vous soigner tout seul, que ça ne s'améliorera pas et que chaque rituel renforcera encore le besoin que vous aurez de l'effectuer, encore et toujours. 

Et bien voilà, vous savez tout. J'espère que vous pourrez, si ce n'est comprendre, au moins respecter ma pathologie. J'ai encore un très long chemin à parcourir mais je vois petit à petit les barreaux de ma prison se fissurer. Je retrouve ma liberté, ma vie et moi même. En clair, je recommence à vivre. 

J'espère que vous serez là pour assister à ma renaissance. En tout cas, si ça vous intéresse, je vous donnerai des nouvelles dans quelques mois, pour savoir si j'ai finalement pu gérer le problème.

A bientôt les amis! 
Réactions :

Tagged:

12 commentaires :

  1. J'en ai moi aussi mais à une énormément moindre mesure. Quand je quitte ma maison et que c'est moi qui ferme la porte, je dois appuyer trois fois sur la poignée pour être sûre que c'est fermé. J'ai essayé une fois de n'appuyer que deux fois mais j'ai pas fait trois pas dans le couloir que je revenais à la porte x) J'ai aussi tendance (moins amusant pour le coup) à m'essuyer de nombreuses fois quand je vais aux toilettes par peur d'avoir envie d'y retourner pendant un cours... C'est beaucoup moindre que toi, et ça ne m'empoisonne pas vraiment la vie, mais c'est parfois assez embêtant.

    RépondreSupprimer
  2. Coucou Melgane,

    Je te remercie d'avoir partagé cette petite confidence ici, je sais bien comme c'est difficile de le dire tout haut. J'espère pour toi que ça ne s'installera pas comme pour moi. En tout cas, si c'est le cas, la seule chose que je peux te dire, c'est d'agir différemment de moi et de consulter directement si ça s'intensifie!

    A bientôt! Et merci pour ta visite!

    RépondreSupprimer
  3. Courage tout ira bien <3 crois en toi, tu PEUX changer. C'est dur mais tu y arriveras. On a tous nos névroses.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci à toi, qui que tu sois d'avoir laissé ce gentil mot! <3

      A bientôt j'espère!

      Supprimer
  4. Hello Justine.

    Merci d'avoir partagé ce moment douloureux de ta vie...
    Quand j'étais petite, j'avais la phobie des microbes. Je me l'avais constamment les mains, au point où elles étaient très abîmées. Il suffisait que je touche n'importe quelle surface pour courir immédiatement aux toilettes me laver les mains. Je refusais aussi de manger ou boire derrière quelqu'un. Mon père m'a "calmée". J'avais les mains dans un sale état, si bien qu'il m'a dit " si tu continues, elles vont disparaître ". Du haut de mes 5-6 ans, j'y ai cru. Au jour d'aujourd'hui, je ne me tiens pas dans les transports en commun, j'ai du mal à m'asseoir habillée sur mon lit avec mes vêtements du jour car ils sont " sales", mais je n'éprouve plus autant le besoin de me laver pour un oui ou pour un non.
    Par contre, je m'arrache les ongles et les cheveux xD j'ai transféré le problème ailleurs.
    Les tocs sont aussi addictifs qu'une drogue donc difficile de s'en défaire.
    Bon courage en tout cas :) bisous

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Coucou ma Julie!

      Tu vois, on cache tous bien notre jeu. Depuis que j'ai publié cet article, je suis ébahie du nombre de témoignages que je reçois de gens que je pensais sans problème, ou en tout cas, pas de problème de ce type là, et qui rencontrent également des difficultés à gérer leurs impulsions.

      J'espère que tu parviendras à complètement canaliser les tiennes.

      Merci pour ton commentaire et merci pour ta compréhension! <3

      Bisous ma jolie!

      Supprimer
  5. L'être humain est incroyable..
    On pense être un cas isolé, être fou. Et finalement, on est nombreux.
    Pour ma part, ça a été problématique surtout quand j'étais petite. Maintenant, je vis avec et j'avoue que c'est un degré bien moindre par rapport à avant. J'ai de la chance finalement, je m'en rends compte quand je lis ton article car cela a l'air vraiment pénible à vivre. Maintenant, j'evacue ma nervosité autrement, mais c'est ma santé qui trinque, d'où les problèmes dont je t'ai parlé dernièrement ^^
    Nous avons tous notre manière de vivre le stress :/ bon courage à toi :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci encore pour ton témoignage ma Julie, je sais comme personne à quel point c'est dur de l'avouer! :)

      Comme quoi, on se ressemble sur encore plus de points que je ne le pensais!

      En tout cas, soigne toi bien, je suis là si besoin! <3

      Supprimer
    2. Je ne pense pas que le mien soit aussi handicapant que le tien. Quand j'étais petite, c'était largement pire que maintenant lol
      On m'a recommandé le yoga ou la sophro, as-tu essayé ?
      Il me semble que l'hypnose est assez efficace pour les tocs. Je ne sais pas quelle est ton approche à cette pratique, mais peut-être que ce serait efficace ?

      Bises et merci pour ta présence <3

      Supprimer
  6. Re coucou,

    merci de te confier à nous de cette manière. Cela ne doit pas être facile, donc c'est une belle preuve de confiance ;).

    J'espère que tu arriveras à surmonter ce TOC, car j'imagine bien que ça doit te pourrir la vie. Je n'ai pour ma part pas de TOC, mais je sais que j'ai de petites habitudes que je ne comprends pas et que je n'arrive pas à combattre (les chaussures dans l'appart ça me fait hurler, se coucher habillé, hors de question, un besoin de contrôler beaucoup de choses, voir trop ... bref des petits trucs du genre)ni à contrôler. Mais avec ce que tu dis dans cet article, je vais commencer à surveiller ça de près, des fois que ça évoluerait dans le mauvais sens, surtout le besoin de contrôler, ça commence à exaspérer mon copain et je ne voudrais pas le perdre à cause de ça.

    Plein de gros bisous,
    Alexia

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Coucou Alexia,

      Pas d'inquiétude, on peut être obsessionnel sans jamais déclencher de TOC! :) Cela dit, je ne peux que te conseiller de lâcher prise, ça te fera du bien dans tous les cas, bien qu'on ait tous nos petites maniaqueries ! ahah

      Je suis sure que ton copain a également les siennes!

      En tout cas, merci de ne pas m'avoir jugé, j'ai vraiment des lecteurs incroyables! <3

      Supprimer
    2. Lâcher prise ... le grand problème de ma vie xD. Mais tu as entièrement raison, c'est ce qu'il faut que je fasse.

      Je crois que n'importe quelle personne serait très mal placée pour te juger. On n'a pas à juger les autres, faudrait que beaucoup se mettent ça en tête et le monde serait plus beau <3.

      Supprimer